Localisation d’Alésia : la polémique

R. Adam Maître de conférences de latin à la Sorbonne

Avant Napoléon III, une très grande majorité d’historiens et de géographes fixaient sans hésitation les emplacements de Gergovie et de Bibracte respectivement à Clermont-Ferrand et à Autun. Ces localisations découlaient logiquement des concordances constatées entre les limites connues des premiers diocèses chrétiens et les frontières des anciennes Cités gauloises, et leurs capitales étaient devenues les centres des diocèses.

Au XVIIIème siècle, le géographe j. b. bourguingon d’anville avait soutenu la thèse Bibracte-Autun avec cinq arguments décisifs, en accord avec les travaux effectués au XVII° siècle par Edme thomas, auteur d’une “Histoire de l’antique cité d’Autun” dont une édition de 1846 a été rééditée en 1993. Napoléon Ier, quant à lui, tenait Clermont-Ferrand pour l’antique Gergovie.

Pendant le règne de Napoléon III, Gergovie a été transférée à Merdogne et Bibracte au Mont Beuvray. Ces deux villes-oppidums étaient les capitales des deux plus puissantes cités-états de la Gaule.

Quelles sont les raisons pour lesquelles Napoléon III a autorisé, accepté, voulu (peut-être aiguillé par son entourage) ou initié lui-même ces déplacements ? Elles ne sont pas simples, peut-être assez complexes, mais finalement très évidentes.

A la tête d’un gouvernement de coup d’Etat, soucieux d’obtenir l’assentiment et le soutien d’une majorité de Français, Napoléon III multiplia les initiatives, flattant, entretenant, attisant les sentiments patriotiques voire nationalistes jusqu’à sa chute finale à Sedan. Ni ses compétences particulières en histoire ou en archéologie, ni son génie propre, ni ses intuitions stratégiques ou sa maîtrise de l’art militaire ne pouvaient convaincre. Mais il saisit opportunément l’occasion offerte par le rebondissement de la controverse Alésia – Alise-Sainte-Reine et Alésia – Alaise, proche de Salins, pour lancer dans l’opinion publique l’idée gratifiante d’une première manifestation de l’union nationale provoquée, entraînée et dirigée, chez les Gaulois, par Vercingétorix. Dans cette seconde moitié du XIXème siècle, encore sous l’influence romantique, la révélation du courage et des malheurs des Gaulois, avec la célébration de leur gloire, clarifiaient les origines de la nation, utilisant à cette occasion la science archéologique naissante (sans craindre éventuellement de tricher), et fournissaient un excellent cheval de bataille.

Alésia en Séquanie (devenue la Franche-Comté actuelle) était encore au début du XVIIIème siècle la thèse majoritairement admise par les historiens. Mais, dès le IXème siècle, le moine Héric avait désigné Alise Ste Reine en Bourgogne et, curieusement, trouvé des partisans parmi les Rois et l’Eglise de France ; ce qui avait fait naître une controverse restée perceptible tout au long des siècles depuis le Moyen-âge. En 1828, le grand archéologue et philologue allemand Karl Ottfried mûller (1797-1840) publia une Géographie de Strabon comportant une carte localisant Alésia en Séquanie, proche des sources de la Loue. Alexandre Delacroix fut ainsi conduit à proposer, quelques années plus tard, la localisation d’Alésia à Alaise vers Salins-les-Bains en Franche-Comté. Ce qui naturellement réactualisa la question.

En Franche-Comté ? En Bourgogne ? Il fallait choisir.

La célébration de Vercingétorix paraissait plus aisée à réaliser aux confins de l’Ile de France et l’archéologie balbutiante pouvait y apporter une aide déterminante.

Des fouilles furent commandées et entreprises en Bourgogne : elles procurèrent ce qu’on voulait y découvrir.

Restait le problème de présenter la solution Alésia – Alise-Ste-Reine dans un entourage assez séduisant pour emporter la conviction du public. La surface du médiocre oppidum d’Alise-Ste- Reine était trop petite pour souffrir la comparaison avec les deux oppidums connus des deux plus importants peuples de la Gaule : les Côtes de Clermont – Gergovie et Autun – Bibracte. On les déplaça sur des oppidums plus petits : Merdogne et le Mont-Beuvray, ce qui éviterait, espérait-on, des comparaisons désobligeantes.

La lecture attentive du texte latin des Commentaires permet de découvrir et de mettre en lumière les sollicitations, les omissions, les déformations, les fausses interprétations qui ont été accumulées par les traducteurs soucieux de soutenir la thèse Alise-Ste-Reine – Alésia, dans le but de rendre acceptable la délocalisation de Gergovie et de Bibracte.

Lorsque le chef romain arrive devant Gergovie (B.G. livre VII, ch.36) il s’exprime dans les termes mêmes qu’il emploiera lors de son arrivée devant Alésia (B.G. livre VII, ch.68) :Perspecto urbis situ…, « ayant examiné attentivement le site de la ville…», Urbs , est traduit par « ville ». Une traduction acceptable serait : (César)… « ayant examiné le site urbain…». A Gergovie, le site urbain est sur une montagne qui avait tous ses accès difficiles (1).

Il y a donc plusieurs accès, ce qui est vrai pour les Côtes de Clermont mais ne convient pas à Merdogne où il n’existe qu’un seul accès. D’où la traduction de l. a. constans et des autres traducteurs officiels rendant ce texte par « ayant examiné le site de la ville, posée sur une montagne d’accès difficile ». Le pluriel a été transformé en singulier. On fausse ainsi la traduction pour cacher qu’il existe plusieurs accès à Gergovie, ce qui n’est pas le cas pour Merdogne.

On découvre, de même, dès la première phrase de la description d’Alésia, une déformation importante. A Alésia des Mandubiens, la ville est située en contre-bas d’une colline dont
le sommet est intégralement occupé par un oppidum (forteresse-refuge). Ville et oppidum ne sont pas confondus comme le présente la traduction de Constans (à l’inverse de Gergovie et d’Alise-Ste-Reine où les oppidums sont habités et ne font qu’un avec la ville). En effet César a écrit, utilisant les mêmes termes qu’en arrivant devant Gergovie : « Perspecto urbis situ perterritisque hostibus…, ipsum erat oppidum in colle…». « Ayant examiné le site urbain et les ennemis terrorisés…, l’oppidum quant à lui était sur une colline…».

Ces contradictions inopportunes n’échappèrent pas à la sagacité des partisans du dogme Alise -Ste-Reine – Alésia qui se rendaient parfaitement compte, eux aussi, des divergences existant entre les aspects physiques des sites d’Alise-Ste-Reine et de Gergovie – Merdogne, et des descriptions qu’en avait faites César dans les Commentaires et pour tenter de les masquer aux yeux du public, ils procédèrent à un étrange découpage du texte latin.

Les latinistes savent que le texte latin originel ne comportait ni ponctuation ni chapitres. La ponctuation a été établie pour en faciliter la prise de références. Les chapitres, tels qu’ils existent à présent, ont été déterminés, en France, au début du XVIII° siècle. Il est évident que le choix de l’emplacement des coupures entre les chapitres peut conduire, dans la traduction, à des inflexions préjudiciables au sens réel du récit. On n’a pas manqué d’utiliser ce procédé en faveur de la défense de la thèse Alise-Ste-Reine – Alésia.

C’est ainsi qu’au chapitre 36 du livre VII, la première phrase décrit la progression de l’armée romaine vers Gergovie : César arriva depuis là (le lieu de sa traversée de l’Allier) en cinq camps, (c’est à dire six étapes). La deuxième phrase : Perspecto urbis situ… concerne un tout autre sujet qui est la description du site de Gergovie. La césure entre les chapitres 35 et 36 aurait, évidemment, dû être placée entre ces deux phrases.

Entre les chapitres 68 et 69, on a procédé de manière inverse. Jusque-là dans les traductions antérieures la dernière phrase du chapitre 68 était : Altero die ad Alesiam castra fecit (le lendemain, il établit son camp devant Alésia). Et le chapitre 69, consacré à la description d’Alésia commençait bien par les mots : Perspecto urbis situ.. mais on n’en tint pas compte. On plaça d’abord une virgule devant ipsum puis un point. Enfin au début du XVIIIème siècle on coupa la phrase après ce point, la répartissant ainsi entre les deux chapitres, dans le but de cacher aux lecteurs qu’à Alésia, à l’inverse de Gergovie, l’Urbs, la partie habitée, n’était pas sur une colline. Seul l’oppidum, la forteresse-refuge, s’y trouvait, car César, en employant le mot ipsum, opposa ville et oppidum.

De cette analyse se dégagent les preuves suivantes :

– l’oppidum de Gergovie était habité, l’urbs débordant peut-être hors de celui-ci ,

– à Alésia l’oppidum n’était pas habité.

– tous les deux étaient sur des montagnes dont tous les accès étaient difficiles.

Or nous savons aussi, et c’est très important, qu’à Gergovie, Vercingétorix a établi ses troupes hors de l’oppidum et de ses remparts, séparément, à faible distance, chaque cité occupant un camp distinct.

Les camps gaulois étaient établis sur la montagne aux portes de l’oppidum (2). Sur cette montagne dont tous les accès sont difficiles et sur elle seule et non pas sur une autre montagne comme tentent de le faire croire les partisans de Merdogne. Car, à Merdogne, les camps ne pourraient être installés sur les pentes de la montagne en dehors de l’oppidum, tant celles-ci sont abruptes. Cette particularité de Merdogne les a donc conduits (les partisans) à désigner une montagne supplémentaire, proche de Merdogne. Cette création surajoutée est en contradiction absolue avec le texte de César qui, au livre VII, ch. 46, indique à propos d’un mur de pierres sèches édifié par les Gaulois, à mi-pente, afin de barrer l’accès de la montagne : …superiorem partem collis usque ad summum oppidi densissimis castris compleverant. Ce qui peut être traduit ainsi : .«..avaient rempli avec des camps très serrés la partie supérieure de la colline, jusqu’au sommet de l’oppidum » (et non pas de la ville) (3). Il est donc évident que les camps gaulois sont placés au plus proche des murs de l’oppidum, qu’ils sont rassemblés sur une montagne unique, et que, dans ce cas, ces dispositions ne conviennent pas au site de Merdogne. Sur ce point encore, la solution des partisans de l’empereur révèle une volonté certaine de déformation.

La montagne des Côtes de Clermont, manifestement seule Gergovie possible, est traversée dans sa partie supérieure par une dépression, un vallonnement perceptible, telle un pain fendu sur le dessus, par un jugum, un passage en creux sur les deux côtés duquel s’échelonnent des collines (B. G. livre VII, ch.36). Sur l’une d’entre elles, César, venant de la plaine et montant en ligne droite sur une longueur de 1800 mètres, a failli s’emparer du chef gaulois Teutomatos. Cette montagne est un massif isolé surmonté de divers sommets que César a dénommé colles et que nous appelons aujourd’hui Puys (Chanturgue, Var, etc…) ; sa description par César ne peut convenir au site de Merdogne qui est un puy isolé, monolithique, avec à son sommet un plateau presque horizontal.

A Gergovie, l’oppidum des Côtes de Clermont, Vercingétorix n’a donc pas installé ses troupes à l’intérieur de l’oppidum, car celui-ci était habité. Cette disposition n’est pas identique à celle que l’armée de Vercingétorix observera à Alésia.

Dans ce dernier cas, César nous dit (L.VII, ch. 71) que les troupes gauloises (réduites à l’infanterie) ont été regroupées, après le départ de la cavalerie, à l’intérieur de l’oppidum.

Dès lors nous avons la possibilité sinon de connaître le chiffre total des fantassins gaulois, du moins de comparer avec une bonne approximation les effectifs gaulois présents à Gergovie avec les effectifs encore disponibles à Alésia. Cet exercice est riche d’enseignements.

Au livre VII, ch. 64, après Gergovie, Vercingétorix, confirmé dans le commandement suprême, exige de ses alliés 15 000 cavaliers (supplémentaires) et déclare « se contenter pour l’infanterie de ce qu’il avait jusque-là » Ces fantassins venant de Gergovie se retrouveront à Alésia, moins les pertes subies entre-temps qui ne peuvent être évaluées.

Un second renseignement très important nous est fourni par deux fois, invariable (L. VII1 ch. 71 et 77), c’est l’estimation de César : Vercingétorix dispose au début, et plus tard en cours de siège, de 80 000 combattants “choisis” (4). Encore faut-il y ajouter un nombre presque égal d’auxiliaires. Au total le chef gaulois disposait donc de 140 à 160 0000 hommes. Plutarque avance le chiffre de 170 000 combattants dont probablement au moins 10 000 cavaliers. Le chiffre de César est aussi confirmé par Strabon qui évalue à 400 000 le nombre des Gaulois mis en ligne à Alésia (il faut déduire de ce dernier chiffre 240 000 fantassins et 8000 cavaliers de l’armée de secours) ; ce qui ramène à 152 000 le total des fantassins assiégés à la disposition de Vercingétorix, avant l’arrivée de l’armée de l’extérieur. Sur l’oppidum d’Alésia, à l’intérieur des remparts, un certain nombre de Mandubiens ont encore dû trouver place.

Enfin les pertes de l’infanterie s’élèvent sans doute à plusieurs milliers, entre le début du siège de Gergovie et ce moment du siège d’Alésia, avant l’arrivée des secours et des derniers combats (César indique le chiffre de 3000 après le combat de cavalerie. Mais il faut tenir compte des escarmouches et aussi des déserteurs, ce qui conduit à penser que les effectifs de l’infanterie de Vercingétorix étaient plus élevés à Gergovie, mais qu’ils n’avaient pas diminué dans une proportion importante puisque le chef gaulois s’en contentait et qu’à Alésia, César dénombrait encore 80 000 combattants « triés »).

De cette comparaison et de ces estimations découle la question suivante :

« COMMENT VERCINGETORIX, QUI N’A PAS FAIT ENTRER SON INFANTERIE DANS L’OPPIDUM DE GERGOVIE, A-T-IL PU LA FAIRE PENETRER EN TOTALITE DANS CELUI D’ALESIA ? »

Deux possibilités seulement :

– ou l’oppidum d’ALESIA n’est pas habité et sa superficie est suffisante (5)

– ou, habité ou inhabité, il est plus vaste que celui de Gergovie.

Dans « Eclaircissemens géographiques sur l’Ancienne Gaule »(6) une carte dessinée par le moine JOURDAIN fut considérée comme véritable jusque vers le milieu du XIXème siècle, puisque le duc d’Aumale cite encore le chiffre de 250 ha pour estimer la superficie du Mont Auxois dans son étude sur la Septieme Campagne de César en Gaule publiée en 1857.

Avec cette surface de 250 ha, l’oppidum d’Alésia paraissait en accord avec les textes et compatible avec la superficie de l’oppidum des Côtes de Clermont (Gergovie), compte tenu des effectifs gaulois indiqués par les auteurs de l’Empire romain : César, Plutarque et Strabon.

Mais, vers le début du règne de Napoléon III, l’état-major mit à la disposition du public des cartes plus précises, établies selon des normes modernes (carte de la France au 1/80 000° en hachures). En même temps Napoléon III, lui-même, et la Commission des Gaules faisaient publier des cartes du siège d’Alésia. La surface du plateau sommital du Mont Auxois apparut alors pour ce qu’elle était : 90 à 100 ha (fourchette encore actuellement admise).

En réalité, en utilisant un ordinateur à balayage d’expert-géomètre, appliqué sur les cartes les plus récentes, la surface du plateau est au maximum de 90 ha même en y incluant les pentes jusqu’à la croix Saint Charles, pentes qui ne sont pas inscrites dans l’enceinte de l’oppidum dessinée par les fouilleurs eux-mêmes. La surface exacte incluse dans les limites des remparts est de 82 ha. Elle avait déjà été estimée à ce chiffre par un ancien maire d’Alise Ste Reine et par Salomon REINACH.

De plus, Alésia-Alise-Ste-Reine était habité. (7).

Comment Vercingétorix aurait-il pu loger, dans l’enceinte de l’Alésia de 82 ha, l’infanterie de Gergovie même légèrement diminuée qui n’avait pu trouver place dans un oppidum de 175 ha (Côtes de Clermont) ?

Tel était le problème à résoudre afin d’éviter de ridiculiser la thèse officielle.

C’est d’ailleurs parce qu’à Alise-Ste-Reine, comme à Gergovie (Clermont), l’oppidum était confondu avec l’urbs et que dans les deux cas les lieux étaient habités, que les latinistes, soutiens de la thèse officielle, ont procédé à l’étrange découpage du texte latin au livre VII entre la fin du ch.68 et le début du ch. 69, découpage que nous avons dénoncé.

César, arrivant en vue d’Alésia, examine le site, voit devant lui une ville dans laquelle les Gaulois s’agitent effrayés (de son poste d’observation son regard porte à l’intérieur de la ville ; il est donc sur un point plus élevé que la ville elle-même), puis il parle de l’oppidum ipsum (8) qu’il situe sur le sommet d’une colline dans un lieu fort élevé, tel qu’il apparaissait impossible de le prendre d’assaut, il fallait l’investir.

Tous ces artifices constituaient un premier rideau de fumée masquant, sans véritable résultat, les insuffisances du site d’Alise-Ste-Reine dans l’effort déployé pour le faire correspondre à la description de César ; mais il restait un obstacle énorme, incontournable, la médiocre superficie du plateau d’Alise-Ste-Reine qui devait demeurer le lieu officiel du siège d’Alésia, ce lieu sacré où l’idée nationale pourrait être magnifiée (9). La solution fut trouvée : Gergovie fut transférée à Merdogne, sur un puy, présentant un profil acceptable (sauf s’il est passé au crible des descriptions de César) dont la surface doit être de l’ordre de 80 ha (à quelques hectares près, le pourtour n’en étant pas parfaitement défini), et qui ne portait pas ombrage au plateau d’Alise-Ste-Reine.

L’officialisation de cette nouvelle Gergovie n’ayant pas provoqué la clôture de la controverse (ou ayant été jugée insuffisante), on disqualifia aussi Autun (Bibracte) qui fut déplacée sur le Mont Beuvray. Cette Bibracte dont César a dit qu’elle était de loin le plus grand oppidum des Eduens (B.G. L. I, ch.23) alors que la surface du Mont Beuvray est, prétend-on, de 135 ha, mais seulement de 116 ha, selon la carte de d’Aboville.

Récemment on a découvert que « Bi » voulait dire : deux. Dès lors on a trouvé une seconde enceinte sur le Mont Beuvray, agrandissant ainsi sa surface. Le « hic » est que le terme « bracte » celte, ne peut venir du latin « brachium » mais peut dériver du mot celte brig ou briga qui signifie montagne (cf dictionnaire de Celte de J.M. Ricolfis du CNRS). Ce dernier terme s’appliquerait avec bonheur à la double colline qui domine Autun (ces hauteurs ont déjà été désignées pour être la réelle Bibracte). D’ailleurs une configuration semblable peut être observée à Clermont-Ferrand dominée par les Côtes de Clermont et à Salins dominée par Chateau Salins-Fort St André.

Seuls les partisans l’Alise Ste Reine refusent :
– d’une part d’admettre que tous les oppidums qui ont résisté aux Romains ont été totalement détruits et jamais réoccupés par des villes gallo-romaines ;

– d’autre part que, comme tous les envahisseurs, les Romains ont rasé les places fortes importantes et ont reconstruit les villes devenues gallo-romaines, à proximité, en terrain difficile à défendre, au pied des anciens oppidums .

Les transferts s’arrêtèrent là ; un autre nécessaire aurait pu s’y ajouter et provoquer l’abandon, peut-être définitif, de ces dérangeantes comparaisons des surfaces. Mais il était impossible à réaliser tant César en a donné une description inimitable, dans sa précision et sa concision militaires telles que nul n’a jamais osé en discuter l’emplacement : il s’agit de Vésontio – Besançon. La surface de l’ensemble boucle du Doubs – Citadelle est de 164 ha. Vingt siècles n’ont pas changé le site. C’est une surface-témoin irréfutable.

Le choix du site de Merdogne (officielle Gergovie) pour justifier Alise-Ste-Reine -Alésia est une manipulation historique. Comment peut-il être soutenu que l’oppidum de Merdogne avec ses 80 ha environ a été la capitale de l’un des deux peuples les plus importants de la Gaule, alors que celle des Séquanes, Besançon, était deux fois plus grande ? De même pour le Mont Beuvray (135 ha) par comparaison avec l’oppidum dominant Autun qui s’étend sur plus de 400 ha.

Dans une période plus récente et parce que dans l’opinion des milieux universitaires (latinistes, chercheurs, historiens, archéologues) le transfert de Gergovie des Côtes de Clermont à Merdogne ne trouve plus que de rares défenseurs, une nouvelle manoeuvre a été imaginée pour détruire l’aspect de ce témoin irréfutable qu’est l’oppidum des Côtes de Clermont. Malgré l’opposition du maire de la commune de Nohanent, la montagne est livrée aux excavatrices et bull-dozers géants d’une entreprise de BTP (carrières immenses, fabrication de sable et matériaux divers). Imaginez quelle serait la réaction de ces mêmes autorités si pareille action était entreprise sur le Mont Auxois ! Ces mêmes autorités, chargées de l’entretien et de la défense du patrimoine national, ont organisé dans les années qui ont suivi la publication de la thèse de Pierre Jeandot : Alésia des Mandubiens = Salins les Bains, la décadence du Musée de la Ville.

Défaut d’entretien ! manque de surveillance ! déménagement ! abandon ! pillage ! La Salesia de Dion Cassius, la ville thermale séquane, centre de la plus grande nécropole celtique en Europe, a vu disparaître ses collections d’objets celtiques, qui n’avaient de rivales que celles du Musée National de St Germain en Laye dont une bonne part est originaire du pays salinois.

L’étude présente fait partie d’autres travaux sur Gergovie, Bibracte, etc… Elle prend place dans un ensemble qui détaille et précise tous les arguments accumulés par l’A S H P S en faveur de la thèse de Pierre JEANDOT (thèse Alésia – Salins-les-Bains). Son projet particulier était de faire apparaître et de démonter en partie le mécanisme qui a permis et poussé l’ensemble des Historiens et Archéologues français (Universitaires et Administratifs compris) à construire et à soutenir l’erreur historique si manifeste de la théorie Alésia – Alise-Ste-Reine et de souligner aussi la persistance dans l’erreur.

L’exemple de ces deux oppidums déplacés au gré d’un pouvoir césarien en fournit une bonne démonstration.